La fille du centre de vaccination à Genève m’a conseillé la Malarone. Prenez-en, m'a-t'elle dit, c'est plus safe.

Lorsque l'on embarque pour le Nigéria, on s’attend de toute façon à être mis à rude épreuve alors autant le vivre sans nausées ni effets secondaires. Je fais le warrior et mets le préventif malarique à la trappe - les compagnons de voyage qui m'attendent là-bas ne sont pas des lopettes.

Queue pour le tampon d'entrée à l'aéroport de Lagos. L’attente est laborieuse, les Oyibos (les "pâles") d’un côté, les blacks de l’autre. Deux personnes derrière le guichet de douane, une ne sert à rien, l'autre tamponne. Lentement. Très lentement. Alors pour tuer le temps, je guette le moindre moustique paludique. Pour être plus précis, je traque du regard n’importe quel insecte volant non identifié. Je balaye du regard la salle et son plafond de néons . Mon jean troué me protège mieux que mon t-shirt qui me tend. Je l'explose s'il se pose, je l'étrique s'il me pique.

J’entre en craving d’Anti-Brumm, pas n'importe lequel: le rouge, l'anti-moustique le plus puissant, protection maximale, 4h de perméabilité quasi-totale aux mini-vampires. La douane me sépare toujours de ma valise et son flacon tant convoité. Je la vois de l'autre coté, elle fait des tours sur un tapis. A la douane, on tamponne les passeports bleus d'un groupe de moldaves, tranquillement. Le deuxième douanier ne sert toujours à rien, paisiblement. On entre dans cette ville de 18 millions au compte goutte, la clim de l’aéroport est cassée alors je goutte.

L'Anti-Brumm m'attend, j'ai mon tampon. Je m'en spray une dose pouvant repousser n’importe quel humain à l’odorat normalement constitué.

Je suis fin prêt à attendre Mister Rafiu, le chauffeur censé venir me chercher. Cigarette et attente devant l'aéroport: visages tapis dans le noir, taxis officiels, taxis moins officiels, types douteux, un bruit incessant et toujours ces éternels néons. Un homme arrive avec un écriteau avec mon nom justement orthographié. Gage d'authenticité? Je n'en suis pas sûr, avec toutes ces légendes que l’on entend, tous ces brigands que l’on conçoit et toutes ces arnaques que l’on connaît on ne suit pas le premier gulu venu. On appelle, on vérifie. Ce n’est pas Mister Rafiu le chauffeur, mais son propre chauffeur. Grand type mince, peut-être mon âge.

La route allant à Lagos depuis l’aéroport est sombre, les amortisseurs crissent à plein régime sur le bitume défoncé. Dans un capharnaüm de motos, de taxis communautaires, la lumière des phares semble être la seule valeur sûre. Les blacks sortent du noir pour traverser cette route de 7 voies pendant que les grosses jeep et autres berlines petrodollars foncent tranquillement à 130km/h.

« But why do you people don’t believe in God much ? » Un bonjour, un « first time in Lagos? » et direct je suis attaqué sur mon athéisme et celui présumé de mes amis européens. S’en suit une longue discussion sur la nécessité de croire ou de ne pas croire, la place de la morale, le bien, le mal, la foi occidentale et sa perdition. J'écoute, je subis en priant pour que tout le monde sur place ne soit pas aussi prêcheur. Je me défends tant bien que mal mais ça tombe dans l’oreille d’un croyant. Une Bible est posée sur la banquette arrière, le chauffeur tend la main pour en sortir deux prospectus. Un concerne le paradis, l'autre l’enfer: sorte de dépliants publicitaires me renseignant sur les deux destinations au choix.

Nous arrivons enfin à l'hôtel, "God bless you anyways" me dit-il en me quittant. Soit, j'accepte. Je prends car sur la route de l’aéroport, il n’y a pas le panneau traditionnel « we greet you in... » ou « welcome to … ». Non, il n’y a qu’un sobre « This is Lagos » d’une efficacité redoutable si c’est votre première fois.